« CHUT JE LIS » CP : UNE MÉTHODE DE LECTURE EFFICACE ET CLÉ EN MAINS

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Une analyse de la méthode que j’avais choisie pour mon CP pourrait vous aider à bien choisir la vôtre. Quels sont les critères à observer pour se décider en toute connaissance de cause ?

 

 


Choisir un manuel ne se décide pas à la légère : si on se trompe, on en « prend » pour quelques années avec une méthode mal adaptée ou qui vous laissera sur votre faim.

Je vous propose donc d’analyser la méthode « Chut je lis » (chez Hachette éducation), avec laquelle j’ai travaillé pendant 5 ans. J’en détaillerai les points forts et (selon moi) les inconvénients car bien sûr, rien n’est parfait en ce bas monde. Disons que cette analyse permettra de dégager les critères essentiels qui font d’un manuel un outil précieux sur lequel s’appuyer.

Ce que montre une méthode au premier coup d’œil

Oui, c’est de cette façon que je vous propose mon analyse, dans un premier temps : quels sont les éléments qui vont être rédhibitoires dès qu’on commence à feuilleter un manuel, et quels sont ceux qui vont vous donner envie d’aller y voir de plus près.

D’abord, j’ai commencé par laisser de côté les méthodes où de longues listes de syllabes s’étalent à longueur de pages. J’ai déjà expliqué pourquoi ici . Il est clair que ces manuels mettent la méthode syllabique à l’honneur, et on peut craindre que les autres aspects essentiels à l’apprentissage de la lecture soient laissés de côté.

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Alors qu’est-ce qui m’a séduit dans la méthode « Chut je lis » ?

  • Tout d’abord, elle s’appuie sur l’utilisation d’albums jeunesse qui circulent dans le commerce. Au début de l’année, de petits textes résumant les épisodes lus sont proposés à la lecture. Ainsi, les élèves savent déjà de quoi ça va parler. Ces textes sont bien sûr adaptés et progressifs mais on n’a pas affaire ici à des écrits un peu niais créés de toute pièce pour « coller » à la leçon de phonologie qui va suivre. Des phrases du genre : « Pablo arrose la moto rose de Léo. »

 

  • L’étude phonologique se fait à partir d’une comptine et la page dédiée aux graphèmes fait d’abord référence aux mots connus avant de proposer des syllabes à lire aussitôt suivies d’un mot d’exemple. (to →tomate). Enfin, une petite liste de mots à déchiffrer termine la page. Ah ! De la phonologie intelligente !

 

  • Les toutes premières séances de lecture sont très astucieuses car elles présentent des comptines archi-connues : le facteur, une souris verte, mon petit lapin, une poule sur un mur… Une fois la comptine identifiée (par reconnaissance de mots connus ou en s’appuyant sur des illustrations) celle-ci peut facilement être « lue » puisque les élèves la connaissent déjà. On entre alors de plain pied dans la correspondance entre l’oral et l’écrit.

 

  • Cette méthode, ô merveille, présente un véritable travail d’étude de la langue, axé sur deux pôles : l’acquisition lexicale et, pour faire simple, disons les rudiments de la grammaire et de l’orthographe grammaticale.

En conclusion : ce premier défrichage montre clairement que la méthode s’articule avec rigueur autour trois dimensions essentielles de la lecture . Rien n’est oublié, tout est proposé selon une progression adaptée qui n’oblige pas l’enseignant à bidouiller des compléments sans lien les uns avec les autres.

Les différents outils de la méthode

Évidemment, une méthode qui inspire au premier coup d’œil donne envie d’aller consulter les cahiers de l’élève ainsi que le guide pédagogique. Et là, nouveau miracle, j’allonge tout de suite la liste des points forts de la méthode :

  • Le cahier de l’élève propose des exercices adaptés, bien conçus et progressifs. Mais surtout, j’ai découvert que même la production d’écrit était incluse dans la méthode. Plus besoin de chercher des idées pas toujours adaptées au niveau des élèves, il n’y a qu’à se laisser guider en toute confiance.

 

  • Cerise sur le gâteau, on peut aussi acquérir un cahier d’écriture très bien fait : non seulement il reprend les mots de la méthode mais, comme je viens de le préciser, il propose l’écriture de mots, après copie d’une seule ligne du graphème étudié dans la semaine. Assez vite, des phrases complètes sont proposées à la copie. Enfin le lignage progressif amène l’élève a une plus grande précision d’écriture tout en douceur.

 

  • Le guide pédagogique est une petite pépite : le déroulement des séances y est expliqué en détails, avec des exemples et des prolongements possibles. De quoi rassurer un enseignant peu sûr de lui. Je l’ai beaucoup utilisé la première année.

 

  • Enfin, cerise sur la cerise, la méthode inclut même les fiches d’évaluation. Franchement, que demander de plus ?

Bon, je l’ai bien vendue cette méthode ? Je précise quand-même que je ne suis mandatée par personne. Je ne fais la promotion de cet outil que de façon personnelle. D’abord parce que je le connais bien, qu’il m’a vraiment convaincue et aidée à faire de mes petits élèves de véritables lecteurs.

OK, alors quels sont-ils les inconvénients évoqués plus haut ? J’y viens.

Les points faibles de la méthode

Soyons honnête, les inconvénients relevés sont d’abord inhérents à ma façon de travailler.

  • L’expérience m’a appris que « rien ne sert de courir… ». Vous connaissez la suite. Je préfère donc aller lentement pour laisser le temps d’une bonne intégration à tout le monde, plutôt que me précipiter, boucler les fameux programmes et ne faire que survoler. Donc, si je voulais accorder le temps nécessaire à tous les aspects essentiels proposés dans le manuel… je n’arrivais jamais à aller plus loin que la moitié du deuxième manuel. Et encore, en accélérant le rythme à la fin de l’année, c’est-à-dire en passant par dessus l’étude de la langue (un peu complexe de toute façon pour une fin de CP).

 

  • Les auteurs présentent la méthode comme pouvant s’étaler sur 21 semaines. Or, comme je l’expliquais plus haut, il me fallait la semaine complète pour couvrir tous les aspects d’un chapitre  :

    découverte et lecture de l’épisode le lundi + les exercices écrits

    phonologie + le travail écrit le mardi

    vocabulaire le mercredi

    étude de la langue le jeudi avec les exercices

    et enfin production d’écrit le vendredi matin.

    Car enfin, comment faire plus quand il faut encore rajouter les maths, la structuration du temps, de l’espace, le sport et le reste ? Tout ça pour dire que la lecture complète d’un album divisé en épisodes s’étalait sur cinq semaines, ce qui est vraiment long et pouvait lasser les élèves. Surtout que souvent, cette lecture était entrecoupée par des vacances. Pas pratique pour la motivation !

  • Enfin, dernier bémol, j’aurais aimé plus de supports autres que des albums, afin de mieux intégrer les fonctions de l’écrit dans le processus d’apprentissage : textes documentaires, recettes, fiches techniques, lettres etc. Car tout ce qui était abordé en dehors de la méthode devait encore s’intercaler ou « mangeait » une autre activité de la semaine.

J’ai listé ces inconvénients par souci de sincérité mais ils n’ont jamais pesé assez lourd dans ma balance pédagogique pour m’inciter à changer de méthode. Une nouvelle édition est parue suite aux nouveaux programmes de 2016. Le guide pédagogique est téléchargeable gratuitement. La présentation de la méthode sur le site de Hachette Éducation vous donnera un bel aperçu de son contenu.

Si vous avez déjà expérimenté cette méthode ou si vous l’utilisez, je serais curieuse de connaître votre avis : des échanges pourraient se montrer fructueux.

2 réflexions sur “« CHUT JE LIS » CP : UNE MÉTHODE DE LECTURE EFFICACE ET CLÉ EN MAINS

  1. Bonjour,
    moi aussi je travaille avec cette méthode depuis quelques années. Mais voilà… je suis comme toi et n’arrive jamais à boucler le 2éme manuel. Je suis actuellement dans une classe allant de la TPS au CP, ce qui n’arrange rien à cela! Je voulais savoir comment toi tu envisageais continuer chut je lis avec le nouveau texte paru « pour enseigner la lecture et l’écriture au cp »? et as-tu trouvé des solutions pour réussir à voir tout du manuel?
    à bientôt!

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    • Bonjour Lolo,
      Tout d’abord, je n’ai plus de classe puisque je suis maintenant maître E. Mais je garde mes convictions, lesquelles s’appuient sur l’expérience et les résultats que j’obtenais.
      Donc en ce qui concerne le nouveau texte… J’ai fortement envie de te conseiller de… passer par dessus ! Ces nouvelles directives pour l’apprentissage de la lecture ont déclenché en moi une grande colère. C’est comme si les travaux et les résultats de la recherche psycho-cognitive n’avaient jamais existé ! D’un coup de baguette magique, on balaie tout pour se soumettre au nouveau Dieu des neurosciences. Je pense que certains inspecteurs seront aussi mal à l’aise que toi, pour peu qu’ils connaissent bien les processus d’apprentissage de la lecture. Donc, pas de panique intempestive ! Et à mon avis, il serait bon qu’un vent de résistance souffle parmi les enseignants, car ce sont quand-même eux qui sont aux manettes. Si tu sais bien défendre ta méthode en citant Gérard Chauveau, Jocelyne Giasson, Nicole Van Grunderbeeck, Cèbe et Goigoux, on ne pourra pas te reprocher de faire n’importe quoi, ni de mener tes élèves à l’échec. L’essentiel est de savoir expliciter et justifier ta pratique dans les moindres détails. C’est ce que j’essaie de faire dans mes articles.
      En ce qui concerne le manuel, voici comment je m’y prenais : chaque épisode d’album était vu sur la semaine complète, comme je l’explique plus haut. Donc le rythme était très lent mais efficace. Je ne suis jamais allée plus loin que que l’histoire de Ti-Tsing. Jusqu’à « La ceinture magique », je suivais la progression d’étude du code, de la langue, vocabulaire etc. Ensuite, je me contentais du texte de lecture et de la phonologie, en alternance un jour sur deux, puis de la seule étude du code les deux dernières semaines. Ainsi j’arrivais bon an mal an à voir à peu près tous les sons. Ceci dit, je ne vois pas où est le problème s’ils ne sont pas tous étudiés. Le CE1 sert aussi à ça. J’ai fait 5 ans de CE1 avant le CP et je peux te dire qu’au début de l’année, entre un quart et un tiers des élèves savaient à peine déchiffrer. Tu vois, ça calme les angoisses !
      En tout cas, merci pour ton commentaire car il réactive une forte envie que j’avais pourtant muselée : celle de faire un article « coup de gueule » à propos des nouvelles directives ministérielles. Et peut-être aussi publier une partie de mon mémoire de spécialisation car il donne certaines précisions.
      Bon courage à toi avec ta classe multi-niveaux. J’espère au moins que tu es bien aidée par une ou des ATSEM. Et n’hésite pas à poser d’autres questions si tu en as envie, je serai ravie d’y répondre, si je peux.

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