COMPRENDRE LE TABLEAU À DOUBLE ENTRÉE AU CP

L’article qui suit est dédié à la mise en place de stratégies pour aider les élèves ayant de grosses difficultés à se repérer dans un tableau à double entrée. Avec ce type d’élèves, il va falloir repasser par les étapes intermédiaires des tous premiers concepts spatiaux.


Je vous l’avais promis dans mon dernier article, avant de m’arrêter net devant la longueur de son contenu. J’y reviens donc aujourd’hui, avec un objectif centré sur la remédiation. Pour autant, vous pourrez utiliser les « petits trucs » simples ponctuellement, par exemple pour relancer un élève « en panne » sur sa feuille d’exercice.

J’ai eu à travailler ce genre de difficultés dans mes groupes de remédiation et c’est là que j’ai vu l’ampleur des lacunes en amont. Les notions spatiales les plus élémentaires étaient déjà à revoir telles que :

— haut/bas ; plus haut que, plus bas que…

— devant/derrière ; au début (d’une ligne), à la fin

— notions ordinales, en lien avec la précédente : le premier, le dernier (forcément, si on ne sait où commencer à « lire », comment peut-on déterminer le premier?)

Ensuite, il faut vérifier que l’enfant maîtrise les notions de colonne et de ligne, sans quoi il conviendra de les revoir pour bien les asseoir.

Voyons donc comment faire acquérir tout ça. En fin d’article, des fiches d’exercices compléteront l’aide à apporter aux plus fragiles, en leur proposant un travail adapté.

Notions spatiales élémentaires

Pourquoi avons-nous parfois du mal à comprendre un enfant en difficulté ? Parce que nous oublions trop souvent que ce qui nous paraît évident ne l’est pas forcément pour un petit. Le recours au corps est alors une aide précieuse.

Haut-bas

Oui je sais, ça paraît incroyable, mais il peut arriver que sur une feuille, un élève se perde entre le haut et le bas. Pourtant, si on veut bien se pencher sur le problème, ce n’est pas si incompréhensible que ça : en effet, on demande à l’enfant de se représenter une notion verticale sur un plan horizontal.

Si vous lui présentez une série d’images les unes en dessous des autres et qu’il ne sait pas dire quelle est la première du haut, il suffit de fixer ces images sur une feuille au moyen de Patafix et d’afficher le tout au mur. Souvent ça débloque et aide l’enfant à comprendre le glissement de perspective qui s’opère.

Vous pouvez aussi faire l’expérience avec une longue bande de papier (disons 1,50m) que vous fixez au mur. Puis vous demandez à l’élève de lever le bras le plus haut qu’il peut sur cette bande. Vous faites un repère là où il pose sa main, par exemple un rond rouge. Ensuite, il devra toucher le bas de la feuille et à l’endroit indiqué, vous tracerez un autre signe, comme une croix. Après quoi vous posez la bande au sol, devant l’enfant et lui demandez de dire où se trouve, par rapport à lui-même, ce qui était le plus haut tout à l’heure. Il devrait conclure que ce point se situe au plus éloigné de sa position. Cette expérience peut être réalisée avec une corde et des pinces à linge de couleurs.

En remédiation, multipliez les situations où l’enfant devra passer du plan vertical à sa représentation sur le plan horizontal. Par exemple avec des cubes de couleurs différentes empilés les uns sur les autres. L’élève devra reproduire la composition au moyen de gommettes à coller sur sa feuille.

Ou encore vous reprenez l’idée de la corde avec une règle posée verticalement sur laquelle vous fixez de petites pinces à linge de couleurs.

N’oubliez pas aussi de proposer systématiquement l’inverse d’un exercice. Par exemple vous posez des jetons de couleurs verticalement sur la table et demandez à l’enfant de placer les pinces à linge en tenant la règle « debout », ou d’empiler des cubes en respectant l’ordre des couleurs. (Plus difficile dans ce dernier cas car il faudra penser à commencer par le bas!)

Devant-derrière

Toutes ces notions, devant-derrière, premier-dernier, avant-après etc font évidemment référence au sens de l’écriture. Il conviendra de le rappeler et de bien le faire conscientiser au moyen d’exercices simples.

Par exemple, demandez à l’enfant d’écrire son prénom en gros sur une ardoise. Ensuite faites-lui entourer en rouge la première lettre qu’il a tracée, puis en vert la dernière. s’il relie la première lettre à la dernière, il verra qu’il va bien de la gauche vers la droite. Et ainsi de suite. Je n’en dis pas plus, ce sont là des petits rappels à faire de temps en temps. Il est possible aussi de scotcher une flèche sur la table de l’enfant qui a du mal à se repérer.

Quand vous êtes assuré(e) que tout ceci est bien en place, vous pouvez aborder les notions directement associées au tableau. Parfois, pour ne pas dire souvent, les difficultés proviennent simplement d’une incompréhension au niveau du vocabulaire de base : qu’est-ce qu’une colonne ? Qu’est-ce qu’une ligne ?

Colonnes et lignes

Dans un premier temps, chaque notion est travaillée séparément, voyons comment.

Les colonnes

Au tableau, fixez des bandes de papier identiques, légèrement espacées les unes des autres, de façon verticale. Puis distribuez une image à chaque élève. Vous pouvez reprendre celles proposées dans l’article précédent.

L’élève désigné devra venir placer sa vignette dans la colonne indiquée (la première, la troisième, la dernière…) Vous parlerez de colonne dès le début afin de bien ancrer la notion. Répétez l’opération à plusieurs reprises puis demandez à tous les élèves possédant une carte avec des cadeaux de venir la placer dans la colonne où il y en a déjà.

Pour la deuxième étape de ce travail, les colonnes ne sont plus séparées. Elles commencent donc à former un tableau. Vous en tracez quatre ou cinq à la craie, comme sur l’exemple en photo, puis vous les remplissez de signes simples. Les élèves devront ensuite répondre à vos questions sur leur ardoise. Par exemple : « Dessinez un des signes de la troisième colonne », ou « Combien y a-t-il de signes dans la première colonne ? »

Vous pouvez commencer à aller plus loin, en ajoutant la notion d’ordre : « Quelle est la deuxième forme de la dernière colonne ? »

Pour terminer, il conviendra d’ancrer la notion de colonne en faisant référence à l’architecture (c’est un pilier, un poteau), puis en affichant l’image d’une colonne.

Les lignes

Le même travail sera effectué avec les lignes.

Tout ça vous paraît long et fastidieux ? N’oubliez pas que je parle ici de remédiation. Il n’est bien-sûr pas nécessaire de passer par toutes les étapes décrites, ce que je propose n’est qu’une sorte de catalogue. Vous ne travaillerez que les difficultés détectées.

Colonnes et lignes d’un quadrillage

Repérer les lignes et les colonnes séparément

Il faut reprendre la même progression qu’initialement, sauf que chaque bande sera séparée en cases. Donc, des colonnes d’abord séparées les unes des autres, puis réunies, ce qui formera un quadrillage. Ensuite, on reprend la procédure avec les lignes.

Vous remarquerez qu’à ce stade, on n’a toujours pas abordé la notion de tableau à double entrée. On s’est simplement attaché à savoir repérer les colonnes et les lignes d’un quadrillage. On va maintenant avancer encore un peu plus en mélangeant les deux concepts, ce qui est le début de la lecture d’un tableau à double entrée.

Repérer indifféremment lignes et colonnes dans le quadrillage.

Un quadrillage est tracé au tableau, dont certaines cases seront remplies par des signes simples. Vous allez reprendre votre jeu de repérage, comme cité plus haut, mais en alternant des questions concernant les colonnes avec d’autres en rapport avec les lignes.

Repérer les cases d’un quadrillage

L’élève est maintenant prêt à répondre à la question du type :

« Dans quelle colonne se trouve le rond ? »

— Et sur quelle ligne se trouve le rond ?

— On peut donc dire que le rond se trouve dans la case au croisement de la quatrième colonne et de la troisième ligne. »

Il n’y a plus qu’à reprendre la valse des questions de repérage, ou de placement d’un nouveau signe à l’endroit indiqué. N’hésitez pas dans un premier temps à matérialiser le « croisement » avec une règle placée dans la colonne indiquée (ou une bande de papier) et une autre sur la ligne. Incitez au besoin les élèves à faire de même sur leur fiche d’exercice avec deux crayons. Ça les rassure et ça marche bien.

Fiches d’exercices

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