ÉTENDRE LE LEXIQUE ORTHOGRAPHIQUE AU CP : COMMENT FAIRE

nuage de mots 4

 

Quelques habitudes faciles à prendre, un ou deux jeux, le tout saupoudré d’une petite dose de bon sens : des ingrédients simples mais nécessaires pour apporter plus d’aisance en lecture à vos élèves.

 


Comme je l’ai déjà évoqué à maintes reprises, le déchiffrage n’est qu’un ingrédient parmi d’autres dans la recette de l’apprentissage de la lecture. Il en est un qui ne doit pas être sous-estimé : le lexique orthographique (Voir la définition ici) . Il appartient à l’enseignant d’aider les élèves à l’étendre, sans quoi ils risquent de rester accrochés à la combinatoire. Et vous allez voir, c’est d’une grande simplicité. Mais pour que ça fonctionne, les astuces qui suivent doivent être complètement intégrées à votre pédagogie, au point de devenir des réflexes.

Commençons donc par ce que vous pouvez mettre en place quotidiennement.

Réutiliser les mêmes mots à diverses occasions

1   Le texte de lecture

Si vous gardez le même texte plusieurs jours de suite, le lire et le relire n’est pas inutile car sa mémorisation aide l’élève à retrouver un mot oublié, surtout au début de l’année. Mais pour décharger l’enfant de ce recours systématique, lourd en temps et en énergie, il faut l’aider à mémoriser les mots hors du contexte de la première rencontre.

La solution la plus simple consiste à construire de nouvelles phrases en utilisant exclusivement les mots déjà rencontrés. Cela vous offre en plus l’opportunité de travailler la compréhension très tôt dans l’année.

Par exemple avec les tout premiers textes de la méthode « Chut je lis » (voir l’article qui en parle) : « le facteur n’est pas passé » et « une souris verte ». Voici les nouvelles phrases lues en classe, qui peuvent être données en relecture le soir à la maison.

phrs à lire 1phrs à lire 2

2   Le travail sur la langue

Prenons l’épisode 2 de l’album « Le loup conteur ». Le manuel propose de travailler sur le concept de phrase. Pour faire découvrir aux élèves ce qu’est ou n’est pas une phrase, vous allez en écrire plusieurs au tableau, au fil de la séance, qui seront différentes de celles contenues dans les textes de lecture.

  • Pour faire comprendre que la phrase est une suite de mots produisant du sens :

Le loup courait dans la ferme. Ici, vous réutilisez les mots courait et dans, vus dans les comptines de début d’année.

Le cochon est lundi en train de verte. lundi et verte étaient contenus dans deux autres comptines.

  • Pour montrer qu’une phrase commence par une majuscule et se termine par un signe n’ayant qu’un seul point.

Mon petit lapin a peur du canard. Mon, petit et lapin sont les trois premiers mots de la comptine du petit lapin.

le loup est passé à la ferme est passé fait référence à la comptine du facteur.

Mais on peut aussi se contenter des mots de la lecture en cours : Le canard de la ferme n’a pas peur du loup. Ou bien : Le loup n’est pas en train de lire.

Ainsi, vous travaillez à la fois le sens (car chaque phrase sans référence à l’histoire connue doit déclencher une image mentale), et le lexique orthographique par rappel des mots déjà vus.

La lecture flash

Je pratiquais et je pratique encore beaucoup cet exercice, sensé montrer aux élèves qu’ils connaissent bien plus de mots qu’ils ne le croient. J’ai même tenté l’expérience avec une élève de CM1 dont la rapidité de lecture était anormalement basse, avec des difficultés de compréhension (évidemment!). J’avais photocopié chaque mot d’un court paragraphe sur des étiquettes de même format. Je les lui montrais à la suite assez rapidement (une à deux secondes). À son grand étonnement, elle a tout lu avec une fluidité inhabituelle tout en ayant compris le texte.

La lecture flash a donc un double atout. Elle autorise l’élève à reconnaître les mots sans passer par le déchiffrage et permet de les mémoriser.

On peut pratiquer la lecture flash en petits groupes, pour le soutien ou en ateliers. J’ai déjà expliqué selon quels procédés ici . En début d’année, le faire avec toute la classe permet de bien asseoir la mémorisation des mots, car ceux-ci vont revenir plusieurs fois avant que vous ayez fait le tour de tous les élèves. Au début, je le faisais à chaque fin de séance, puis j’espaçais à deux ou trois fois par semaine, jusqu’à sentir que les élèves n’en avaient plus besoin.

Chaque mot du texte est photocopié sur une demi-feuille (format A5). Vous mélangez les mots, vous faites lire le premier au premier élève, le deuxième à son voisin et ainsi de suite, jusqu’à ce que tout le monde soit passé. Ça va assez vite, d’autant que l’objectif est d’augmenter la rapidité de reconnaissance des mots.

Ci-dessous, vous pouvez télécharger la maquette pour former vos propres lectures flash. (Je travaille avec libre-office version 5,4.)

maquette pour lecture flash

Le Uno des mots

Tout le monde connaît le Uno des nombres. On garde le principe mais on remplace les nombres par des mots. Une fois que vous avez fabriqué votre maquette, vous pouvez décliner le jeu à l’infini. Je vous donne en pdf le Uno des premiers mots outils. Il comporte énormément de mots mais on n’est pas obligé de les utiliser tous, c’est l’avantage de ce jeu : on sélectionne ce qu’on veut pourvu qu’il y ait assez de cartes pour jouer au moins dix minutes. N’ayant pas toujours accès à la photocopie couleur, j’ai changé le code couleur par un code forme.

NB : Pour que l’objectif de mémorisation soit rempli, l’élève qui pose une carte doit toujours lire le mot et indiquer la forme : « dans, avec un ovale ». Ou bien : « Je n’ai pas dans mais j’ai le mot sur dans un rectangle. »

uno 2

Le jeu à télécharger : uno des premiers mots outils 2


Je voudrais terminer par une remarque : le cas de cette élève de CM1, cité plus haut, est assez typique des difficultés persistantes en lecture. À force de leur répéter qu’il n’y a lecture que s’il y a déchiffrage, les élèves ne s’autorisent plus à reconnaître les mots par voie d’adressage, et restent bloqués à un niveau de compétence en deçà de leur potentiel. C’est exactement ce que dit Jocelyne Giasson : « Un bon lecteur reconnaît rapidement les mots ( par adressage). Sinon, il doit recourir à des stratégies d’identification (par assemblage), ce qui ralentit la lecture. Plus il y a assemblage, plus il y a de difficultés à accéder à la compréhension. » Cela ne légitime-t-il pas de consacrer un peu de temps à étendre le lexique orthographique des élèves de CP ?

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